VIOLONCELLE
[Écoute à la radio d’un concerto pour violoncelle seul de Bach par Jean Guilhem Queyras]
Titillement exacerbé.
De l’aigu, du pointu
Tellement profond et tendre,
Coule dans les oreilles
Comme peluche de soie.
Le violoncelle comme une moelle,
Perfusion de bonheur en pleine chair,
Paroxysme qui dure, orgasme déroulé.
HTTP DEUX POINTS
HTTP deux points: voyeur qui nous regarde,
Avec deux slashs, trancher les mots saucissonnés
En rondelles d'arobases, une pointée de moutarde
Un clic ou deux et hop, un bug carabiné.
EMPANNAGE?
Notre Tricotine a-t-elle viré de bord volontairement?
Vent debout ou lof pour lof?
A moins que ce ne soit mon aquarium*
Qui s'est retourné de 180°.
Bref, ma main droite est à gauche,
Ou c'est la gauche qui est à tribord.
Bon sang, mais c'est bien sûr!
Cerveau droite, cerveau gauche,
J'ai du faire cette nuit une drôle de galipette.
*c'est l'ordinateur.
BADER...
Bader la goule
Pour s’isoler dans la foule
Tomber dans les pommes
Pour simuler un petit somme
Avoir la part belle
En oubliant toute querelle
Ou bader la goule
Pour simuler un petit somme
En oubliant toute querelle
Ou s’isoler dans la foule
En tombant dans les pommes
Ayant ainsi la part belle.
GRENIER
Mots de tête n° 28 Avril 2010
Racontez "votre grenier"
(réel ou imaginaire)
sous la forme d'écriture qui vous convient
lieux, odeurs, sensations,....
au cours de votre récit
vous redécouvrirez
5 objets
personnels ou familiaux
vous appartenant réellement
vous décrirez succintement ces objets dans leur contexte
J’hésite à pénétrer dans ce grenier de la mémoire. C’est un peu comme ouvrir l’outre des vents. On caresse le moindre objet qui traîne, sans se rendre compte que l’on commence à dévider le peloton de sa vie.
Et voilà. J’ouvre la porte, elle résiste un peu, comme si elle se faisait prier. Des zones d’ombre et des taches lumineuses qui m’attirent. Je palpe plus que je ne regarde.
Sur le dossier d’une chaise pend une vieille ceinture de cuir desséché, avec boucles métalliques : je reçois une bouffée d’émotions anciennes. Je n’ai pas été longtemps Eclaireuse, mais toujours une indienne avec sa plume imaginaire dans les cheveux, le plus souvent possible dans les bois, dans les arbres. Me revient le parfum des frondaisons froissées ; elles m’ont sauvée de douleurs enfantines. J’ai toujours la plume. A la main.
Je bute sur un petit objet qui traîne par terre et le ramasse : mon vieil opinel !
Je revois ma première arrivée aux Glénan avec l’équipement requis : duvet, ciré, opinel. Grand soleil, mer plate. La transparence est telle qu’on dirait que le bateau flotte sur rien. J’ai beaucoup de souvenirs là-bas, comme cette nuit de Noël, lits de camp en étoile autour de la cheminée où brûle une membrure de chalutier… J’ai cassé la lame de l’opinel à la pêche aux palourdes près de l’île Logoden, mais je le garde comme une relique.
Ah ! La baignoire gonflable ! Elle est toute avachie. Quel bonheur, le bain du bébé dans le cockpit, l’eau de mer chauffée au soleil de la côte cantabrique, des espagnols qui regardent et rient, nous interpellent.A présent le bébé a 30 ans. Il fait toujours de la voile.
Je pose mon regard sur une petite table recouverte d’une lirette que j’aplatis avec tendresse et respect : mon très aimé professeur de yoga me l’a offerte à l’un de ses retours de Madras. Souvenir de stages chaleureux, quiétude dans l’exigence.
Tiens, ma flûte à bec, toute lisse, en bois très clair. Je n’ai pas dépassé le deuxième livret d’apprentissage. Mais cela m’a permis de connaître le bonheur de jouer des airs simples et beaux. L’impression de pénétrer la musique de l’intérieur.
Ah ! Ça aussi…Non, j’entre dans les ombres. Restez tranquille, on vous connaît. Je tourne doucement le dos aux souvenirs. J’en conserve un remuement intérieur parfumé d’herbes froissées, de mer et de varech, et que je vais dissiper, dehors, dans le parfum des lilas au soleil.
MAI DEUXIEME
Et aussi, amis Croqueurs de mots, ce petit texte pour rectifier mon image.
Croyez pas que je sois poivrote
Je ne me saoûle que de mots
Si parfois je bois un peu trop
C'est du bon thé: je le sirote.
~~
Comme dans les déplis d'une aurore boréale
Mai cette année chatoie.
Opulence de fleurs , parfums qui nous régalent:
Tous nos sens en émoi.
1 MAI
Mais Mai…
Mais mettre du blanc dans le vert,
Du blanc dans le verre,
Un p’tit blanc au comptoir,
J’aime pas compter,
J’préfère le rouge.
Mais Mai…
Mettre un peu de blanc dans le rouge.
Mai est rose.
DERNIER AVRIL
Après ce morne hiver les îlots refleurissent.
Où étaient les patates,
Les fèves en cet Avril se dressent fièrement.
Là où fut le compost
Les plants de pommes de terre font leur travail: ils poussent.
Que l'amandier est beau,
Couvert d'amandes; seront-elles douces ou bien amères?
Jardin plein de promesses,
Mai sera-t-il assez clément pour les tenir?
JEUDI 29 AVRIL
Pour le Jeudi 29 Avril, un petit bonheur d'autrefois.
J’ai tracé un sillon dans le vignoble de la mer
Avec l’aileron de ma planche :
J’étais le lien ténu entre l'eau et le vent.
Un jour j’irai tirer le bois de taille,
Voir l’ail et le souci dans les vignes.
AUTRE AVRIL
[Départ en weekend dans la brume matinale]
Brume fleurissant
A son lever :
Ecumes de pissenlits.