MEDITATION 1
Assise, équilibré d'abord
L'occiput avec le menton.
Puis gardé les yeux clos
Pour écouter l’instant.
Des grains de pluie filtraient à travers mes paupières
Quand un lac de lumière me caressa la peau.
OCTOBRE 1
Les branches encore feuillues s’agitent en cadence,
Scandant nerveusement le rythme fou du vent.
La pluie dans le chéneau fait une mélodie
Qui ne s’interrompt pas. Nez collé à la vitre,
Je savoure à l’abri la quiétude du soir.
ENVIE PRESSANTE
A l'abordage ! Défi n° 39
De Olivier de Vaux, titi incorrigible:
Vous êtes pris d'une incoercible envie de faire pipi à un moment fort inopportun : racontez, mais sans faire usage de mots contenant la lettre i .
Pour relever le niveau, je l'ai fait en alexandrins.
Au temps de ma jeunesse, quand je fus aux Glénan,
De drôles de cabanes haubanées très serré,
Nommées des cunégondes, pour poser son caca
Et même le jus brûlant expulsé par l’urètre.
Quel confort agréable ! Vous ne savez pas tout :
Autre chose ce fut en voguant sur les flots,
Sur un bateau, de ceux propulsés par le vent.
Au temps de ma jeunesse, pas de confort moderne,
De cuvettes polyester à réserve de compost.
Ma place préférée : sur le balcon avant,
(Se cramponner très fort pour pas tomber à l’eau),
Ou tenue aux haubans. Et par grosse bourrasque ?
Exposer ses fesses aux embruns ? N’y pensez-pas !
Et le rhume de sept ans ? – chanson de ma grand’mère.
Alors on prend un seau, un banal seau de ménage
Et devant tout le monde, parfois* dans le carré !
On verse son jus dedans et on le jette à l’eau.
Pour les hommes, pas plus cool : muscles trop contractés
Empêchent le beau jet que l’on peut faire* au vent
Lorsque l’on a tourné tout autour du cap Horn.
Que la pudeur s’efface,
Quand ça presse, et menace
D’humecter son falzar :
Dedans, c’est le bazar.
Comment le faire* sécher
Dans un monde trempé ?
*même
*qu'on peut lancer
*le mettre à
BEAUTE
Eclat de beauté,
Tranchant qui blesse.
Eclat de clairvoyance,
Tranchant qui perce.
Beauté. Un éclat
Qui transperce
Et marque à jamais.
PEUT-ON?
Peut-on en aiguisant sa sensibilité
Trouver en soi l’éclat ?
Brisure nette, source de joie aux confins du bonheur.
Eclat serti à l’intérieur.
Peut-on, en affinant sa sensibilité
Trouver beautés en menues choses ?
Eclat et modeste attention.
Méditation ?
BALADE
La vase au soleil brille
Comme un miroir pulvérisé.
Derrière, la Gironde scintille
De mille reflets brisés.
SEPTEMBRE 2010 4
Un pré de cardères sèches :
Envol de chardonnerets,
Et des moineaux dans les fenouils.
J'AI VU CE MATIN
A deux jours d'intervalle, la brume. Le premier jour elle s'est levée rapidement. Le troisième elle persiste.
J'ai vu ce matin
Un poudroiement de brume
Monter dans la chaleur d'un rayon de soleil.
Un voile de moiteur brouille le paysage.
Les oiseaux sont discrets.
Les guêpes ont renoncé à leur festin de figues.
Dans mon âme la taie de la mélancolie
Comme reflet de la brume.
PLUS BELLE LETTRE...
Pendant que je suçotais mon crayon en séchant sur le Défi 38, proposé par Eglantine-Lilas :
« L’écriture est votre passion, et vous créez
une Officine d’Écrivain public.
Faites nous partager la plus belle lettre qu’on vous ait demandé d’écrire,
ou la plus amusante, ou la plus singulière… »
Quelqu’un glissa un pli sous ma porte. On m’y demandait, étant donné la notoriété que j’avais acquise dans l’utilisation de la souris, d’envoyer sur le net le texte qui suit :
Si toutes les grand’mères du monde
Voulaient bien se donner la main
Toutes danser avec entrain
La plus échevelée des rondes
Tout ce qui va tant de travers
Serait pris dans un tel tournis
Que de la terre serait banni,
Expulsé hors de l’univers.
Voilà, je clique
envoyer.
VOIX
Quand l’angoisse aride grignote,
Ronge, acide, fait sa pelote,
Alors aller chercher en soi
Le son qui va porter la voix.
Le son prend sa force du souffle
Depuis le sol qui lui insuffle
L’énergie, confiance en soi ;
Tenir et lâcher à la fois.
Il n’y a plus que la beauté
Du texte bien interprété ;
Rien d’autre qu’une plénitude
Comme un vol libre en altitude.
Par la présence à tout cela
Qu’est-ce qui s’est exprimé là ?