JOUER UN JEUDI AVEC M'ANNETTE
Poème pour le jeudi 14 Avril.
Pardonne-moi, M’Annette,
Je ne sais ce que fait le temps :
Plus il fait beau, plus il fout l’camp.
Voilà qu’arrive le Jeudi
Et je n’ai toujours rien écrit !
Vite, jouer avec des mots,
Tracer d’un bout de craie qui crisse
Que les crépidules crépitent
De leurs crédules mandibules,
Ou mes oreilles qui stridulent-
Qui stipule que j’aille à l’asile ?
SOLITUDE
Solitude, faveur mais
Trou noir d’où rien n’affleure.
Pas d’autre issue
Douleur tue dans chute éperdue
Doute assassin venu
De son pas de velours
-Virulence augmentée sous masque de printemps
Ne me convient que solitude
Malgré le vide flanqué du manque
Frontière invisible
Où sans cesse se fracasser
Jusqu’à comprendre enfin
Que le trou noir est refuge
Et la solitude faveur.
CADET LISTE 4
Chaleur d'Avril
Ca sent la giroflée.
Déjà des cistes. Des astragales roses. Jamais vues.
La roche basse décolorée par le soleil.
La paroi haute jaune et blanche de fleurs.
Une touffe de bleu : des jacinthes.
Un tronc flotté luisant comme métal poli.
Un autre demi-enfoui, chimère souple et molle.
Eau calme. Les sons portent loin.
RECROQUEVILLER
Recroqueviller les orteils, les étaler, et la plante.
Sentir les aspérités du sol, presque douleur.
Ecouter.
Bulles d’émotions à naître,
Chatoiement de l’instant
Retraite d'un moment, quiétude
Dépouillée des affects.
Puis pétiller de l’intérieur,
Laisser affleurer l’allégresse.
Sentir, partout,
Ce frémissement, ce frisson.
Et mes orteils plantés sur le gravier.
QUESTION
Marée montante d’herbe verte.
Etre Humain, laisseras-tu pousser ainsi,
Ta noblesse native ?
ARCHIPEL AVRIL 2011
Au pied de l’archipel* de feuilles et de fleurs
Viennent mourir
Les vagues sèches et mortes d’un labour oublié.
Archipel anarchique où je ne saurais tondre.
Pourquoi faucher la tige haute des roquettes en fleurs
Redevenues sauvages, promesses de salades.
Où les menus oiseaux, et les gros,
Trouvent couvert et gîte.
Dans la mousse fleurie d’un petit cerisier
J’ai dérangé l’un d’eux.
Le poirier tôt fané dresse
Dès à présent ses petits fruits.
Le pommier s’épanouit. Malgré le poids des ans,
Sa floraison vibrant de roses
M’émeut d’une sensualité adolescente.
*L’archipel. Nom que je donne à ce bout de terrain semi-sauvage où je récolte surtout de l’inspiration.
LA VERITABLEMENT VERIDIQUE LEGENDE DES "CROQUEURS DE MOTS"
A fond de page noire
Une encre était rouillée.
L'Amiral, sur le pont, ronflait.
Un matelot soudain du fond de sa mémoire
Se rappela à temps qu'il fallait la lever
Afin que la Légende, libre, put naviguer.
Trois tours de tricotin, nous le dit le grimoire,
Et la chaîne en grinçant glissa dans l'écubier.
Haute et claire! cria le nautonnier.
L'Amiral pris sa plume et d'un geste notoire
Ecrivit ces trois mots, pour écrits libérer:
"Croqueurs de Mots" - Nef de fous inspirée
Qui vogue pour toujours portée par nos histoires.
("Haute et claire": ce que doit annoncer le matelot
chargé de relever l'ancre lorsque celle-ci, décrochée du fond et presque entièrement remontée, permet au barreur de prendre le vent et faire route.)
RONDEAU POUR FETER AVRIL
Voici l’élégant mois d’Avril,
D’arbres en fleurs emperruqué,
Pétales blancs vite envolés
Avec leur parfum volatil.
Voici l’élégant mois d’Avril.
Le soleil est en majesté,
Aveuglant et soudain voilé :
Gare à l’averse de grésil.
Ne te découvre pas d’un fil
Pour peindre ses verts nuancés,
Du délicat au plus foncé.
Ne te découvre pas d’un fil
Pour accueillir le mois d’Avril.
MELODIE DE HAUT VOL
Quelle fantasque mélodie exaltée
Dessine dans le ciel
Ce grand vol d’étourneaux?
Ballet étrange et souple,
Un concerto d’oiseaux
Pour deux yeux fascinés.