LE SILENCE SERRE réminiscence
Le silence serré comme un poing
A mûri, âcre comme un coing
Sur le plateau de l’amertume.
S’y retrouver, sans le briser,
Parmi des mots désorientés.
Alors oser prendre la plume.
SI MON JARDIN
Si mon jardin était des mots
Je l’appellerais Haïku
Car il ne me donne guère plus
De cinq framboises
Sept prunes sauvages
Cinq haricots…
MERCREDI JOUR BLANC
Mercredi, jour blanc, jour bleu, jour léger
Jeudi lourd des souvenirs enfouis
Vendredi danse d'un pied sur l'autre, il est entre-deux, lisière
Samedi nait dans les feuilles des livres, et s'épuise dans celles des arbres
Dimanche très libre, très flottant; là le rêve s'épanche
Lundi comme une petite roue dentée qui se met en marche
Mardi sérieux va son chemin - petit cheval.
LA VIE ROMPT réminiscence
La vie rompt du fil de l'étrave
Le bloc inerte de l'instant.
Mais les remous dans son sillage
Lèvent un passé désespérant.
Intranquillité, quelle épave
Emporte le lit du courant?
DOUBLE QUI...réminiscence
Double qui se dédouble d’un crissement douloureux,
Miroir de soi ou zone d’ombre –
Jamais seule.
Face noire, masse manquante,
Où est la faille ? Pour quelle tombe ?
Rêve solaire contre du vent.
RONDEAU POUR LE MOIS DE JUILLET
Le ciel à l’aube était doré.
Et l’air calme était frais encore,
Les oiseaux sur le fil posés
Pépiaient, saluant l’aurore.
Première tomate, un trésor,
Premiers haricots récoltés,
Le ciel à l’aube irradiait d’or
Avec un vent d’Est tôt levé.
Il pleut des prunes : C’est l’été.
Les poissons nagent sans effort
Le nénuphar a bien poussé.
Le ciel à l’aube était doré.
L’air léger était frais encore.
HYPOCONDRIE
Où vas-tu, mon hypocondrie,
Sur les rotules ou l’os iliaque ?
Aux fantasmes monomaniaques
Cèderont mes mitochondries.
A UN ASTROPHYSICIEN
Pendant que l’univers se chiffonne
Les artistes désespérément
Passent et repassent
Essayant de trouver un sens
A l’univers bizarrement chiffonné
Du poète Jean-Pierre Luminet.
VOISINAGE...
Dan avec ses sandwichs
Me fournit l’image
De mon voisinage.
A gauche le plat dessous du pain
Trompeuse immensité placide
Avec engrais et pesticides.
A droite la croûte.
Ses bosses et ses creux, méplats et reliefs hérissés.
Ca croque, c’est croustillant.
Parfois du monde, parfois pas.
Parfois comme un campement, caravanes, chats et chiens.
Des petits, grands et vieux. De l’accent, de la voix, de la vie.
C’est chaleureux, un peu envahissant. Puis plus rien.
Ca me rappelle à l'ordre. C’est bien.
La vie, c'est varié, c'est mouvant, c'est surprenant.
Au milieu du sandwich, un fin jambon sans gras.
C’est mon jardin.
Chez moi, il faut tout mordre à la fois.