"L'EMPREINTE A CRUSOE" de PATRICK CHAMOISEAU
Je viens de refermer « L’empreinte à Crusoé » de Patrick Chamoiseau, éblouie par ce long poème flamboyant qui parle de l’homme. Qui se construit, se détruit, s’éveille à lui-même en cherchant l’Autre. La poésie est partout, et la réflexion philosophique éveillée et nourrie de multiples façons. Magnifique.
JUIN 2012 1
Chemin bordé de graminées.
Certaines s’élèvent comme des palmes,
Des parasols votifs ;
D’autres s’inclinent
Et me font telle révérence
Que je deviens Sultane
De l’Archipel.
AUTRES POISSONS
Les poissons pélagiques
Dansent un ballet tragique
Et sont pris aux filets.
Les poissons des abysses
Dans le noir et le froid s’épanouissent.
Les poissons dits volants ne volent pas si bien
Que ne le font dans l’eau les raies et les pingouins.
Il y a des poissons qui marchent,
Et d’autres fleurissent : méduses…
Que fait donc l’hippocampe
Campé
Droit sur sa queue roulée ?
Le poisson, animal vertébré
Qui naît et vit dans l’eau.
Il est muet, dit-on, pourtant le maigre grogne.
Le poisson d’Avril est maquereau,
La sirène mi-chair, mi-poisson ?
Faut-il si l’on a soif
Boire la mer et les poissons avec ?
En sont-ils, ces poissons d’argent
Que je trouvais, enfant, dans des livres jaunis ?
Et que fait l’hippocampe
Campé
Droit sur sa queue roulée ?
JULES CESAR
« Jules César », opéra de Haendel, dimanche 27 Mai sur Arte.
Un plateau exceptionnel pour cette suite de solos – les « tubes » de l’époque : Cecilia Bartoli, Andreas Scholl, Anne Sophie von Otter, Philippe Jaroussky, Christophe Dumaux.
Mise en scène Moshe Leiser et Patrice Caurier.
S’il n’y avait eu la beauté des interprétations, j’aurais jeté l’éponge tant la mise en scène du premier acte m’a rebutée. J’aurais eu tort, car, ayant compris le parti pris de dérision caricaturant certaines politiques au Moyen-Orient, cela devenait très amusant.
MAI 2012 8
Les risées noircissent l'eau.
Sur l’orge vert doré nimbé de pourpre,
elles sont pâles.
SUR LE FOND
Sur le fond
Poulpe écartelé.
Chaque tentacule épinglé
Par l’entomologiste binaire.
Cœur palpitant, fragile, craintif, abandonné.
Becqueté, piétiné, méprisé
Par la multitude binaire.
NOMS DE POISSONS
Jill Bill nous a demandé pour ce défi la recette de la bouillabaisse. Voici la recette moulbeloirienne:
Pendant qu'un maquereau, au bar, surveille le banc des demoiselles, une dorade royale fraie avec l’empereur. Le chirurgien rase gratis les barbues. Un capitaine plat comme une limande converse avec un perroquet. La sardine monte sa tente pendant que le requin-marteau enfonce un goujon dans la perche. Une vieille toute maigre se fait la raie au milieu. Une donzelle se plie en quatre devant un ange qui se prend pour Saint Pierre. Pendant qu’un prêtre torpille un poisson-scie, un pélerin joue de la guitare.
MARIES DE CHAGALL
Un atelier d'écriture. Un tableau, j'ai choisi celui-ci:
plus quelques mots de hasard, à utiliser.
A pied dans les volutes d’un bassin
Vert mousse
L’épouse sans un cri
S’élève, son mari sur le dos.
Elle est borgne et sourit
Sur le chemin mouillé.
Un pan jaune. Parfumé.
Veste rouge bras levé
Pour accueillir
L’ange
Qui verse l’ambroisie
Dans la flûte du bonheur
Au-delà du pont.
Affranchies,
Les ombres en fuite du passé.
REPONSE A SUZÂME
Et à son "dé d'insouciance"
Chanter,
En mettant tout son cœur
Dans le chœur;
Et la pleine conscience
Dissout les résistances.
MAI 2012 7
25 Mai.
Le marais au matin :
Fraîcheur des églantines
avant coup de chaleur !