UN BOUQUET DE ROSES POUR LE JEU DE L'AOÛT
Chloé a écrit ce très beau poème, en respectant la difficile contrainte des rimes. Et dans la foulée, un deuxième! Elle gagne haut la main un bouquet virtuel.
Ma Rose
Allez ma Rose, mon Cabochon
Viens sur la piste et bambochons
Que nos crinières sur les ondes
Douces et légères, voguent au vent
Et qu’elles s’envolent dans les airs
Comme des bulles de savon
Allez ma Rose, à demi close
L’unique déesse de mon canton
Quittons ensemble cette nuit obscure
Cette vie en kitch et bien trop chiche
Nous n’avons rien mais sommes riches
Car toi et moi nous nous aimons
Danse ma Rose, ma dulcinée
Laissons flétrir toutes ces parures
Et préférons à la fortune
L’azur du ciel en couverture
Ma Rose des vents, l’éclat de lune
Que je dessinerai au compas
Fuyons ma Rose, ma sauvageonne
Frappons le sol de nos talons
Loin de Paris, des baisodromes
Des falbalas et des grands dogmes
Ce soir nous sommes les rois du monde
Comme l’andalouse et l’étalon
Dans le moelleux de nos pâtures
Fait d’amour, de mets délicat
Alors nous nous enlacerons
Savourant au bout de la nuit
Ce tendre et délicieux repas
Fait de tes pétales ma Rose
Dans le jardin de nos caresses
Vénus sera à tes Genoux
Elle t’inondera de lumière
Tout en se pendant à ton cou
Et quand commencera la moisson
Plus de larmes nous ne verserons
Et dans un autre style:
Mais moi Madame, je suis Breton
L’agence vous à mal renseigné
Galéjades sans doute des copains
Qui voulaient faire mousser mon bain
Mais moi Madame, De Marseille
Je n’utilise que le savon
Je suis Breton
N’enfoncer pas le cabochon
Que ça vous plaise ou vous déplaise
Je ne fais pas de la « bouillabaise »
Et ne connais qu’ le micro-onde
L’couscous en boîte et les pois chiches
Le cassoulet de william Sorin
Qui ne sent pas la ville rose
J’suis pas du sud, que voulez vous !
Je suis Breton !
Un point c’est tout !
J’en ai pas claque !
Nous ne sommes pas du même monde
Prenez vos cliques et puis vos claques !
N’insistez pas, l’affaire est close !
Je préfère rester vieux garçon
Et aller pêcher le gardon
Pour le déguster en repas !
Car vous savez dans le canton
Y’a quand même des d’occupations
Et dans le p’tit bistrot du coin
Quand je retrouve tous les copains
Y’a aussi la belle Germaine
Qui se déhanche et se démène
Si nous ne sommes point riches
Sachez Madame que l’on s’en fiche!
La nuit est bien loin d’être obscure
Quand tous les deux nous bambochons
Bien au chaud sous les couvertures
Sans se poser de questions
Et qu’importe de savoir si demain
Le bon vin que nous nous verserons
Aura le goût de la passion !
Quand se lèvera le matin.
Sur ce, Madame
Il se fait tard
Je vous salue bien bas !
Bravo, Chloé. Demain, je m'y colle...
UN JEU POUR L'AOÛT
Voici Août, ses torpeurs, ses orages. Pour ne pas perdre la main, je veux dire la plume, voici un autre jeu Papou auquel on peut s'adonner seul, en famille, entre amis, en toute décontraction ou en compétition (par exemple 20m pas plus). Il faut faire un poème et les rimes sont données! Fastoche!
Claque/Claquent Compas/Repas Bambochons/Cabochon Rose/Demi-close Obscur/Couverture Monde/Onde Plaisent/Baisent Savon/Canton Chiche/Riche Verserons /Enlaceront.
PETIT MORTIER NIPPON
A Marianne.
Dans mon petit mortier nippon j’ai broyé
Du soleil levant et du matin calme,
De l’occident, des rêves de palmes-
Et, un peu de noir aussi.
Dans mon petit mortier nippon j’ai broyé
Du sésame et de la coriandre
Même de l’ail, et du gingembre-
Et, un peu de noir aussi.
Dans mon petit mortier nippon j’ai broyé
Du bleu d’outremer, du rouge piment,
Du vert Véronèse, du jaune safran-
Et, un peu de noir aussi.
CE MATIN...
Les nuages ce matin m'ont évoqué "Le banc du rien faire", où j'ai posé ces quelques mots:
Ce matin les nuages faisaient un anneau.
J’aurais aimé plonger, mais vers le haut,
M’envoler, passer à travers…
AOUT 2012 1
Parfum tiède du maïs,
nuages, cœur incertain.
Août embaume ce matin.
SOLITUDE...
Pour répondre à Suzâme.
Solitude.
Dans le creux du repli
Nourrit tout à la fois
Bonheur et turpitude.
UNE INITIATION A LA SCULPTURE
A Rochefort près de l'Hermione, sous la conduite du sculpteur Frédéric Nobili qui va construire un manège en bois.
Les coups sourds du maillet résonnent dans l’épaule
Et font vibrer le coude. L’estomac s’appuie, ferme,
Au bord de l’établi. Les copeaux volent.
La gouge est un scalpel laissant
Sa douce cicatrice.
On effeuille le bois.
Chaque copeau est un pétale.
Un pétale odorant de tilleul,
Parfum profond qui n’est pas de tisane.
IL Y A...
Il y a le sud,
Il y a le nord,
Qu’est-ce que ça veut dire, être à l’ouest ?
Il y a la vie,
Il y a la mort.
Qu’est-ce que ça peut faire, d’être à l’ouest ?
STEPHANE MALLARME
Un bijou de Stéphane Mallarmé :
Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore
Sur les crédences, au salon vide, nul ptyx,
Aboli bibelot d’inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le néant s’honore).
Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,
Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe
Des scintillations sitôt le septuor.