LA BIQUETTE . HAÏKUS DE COUCOU
Pour "Le coucou du haïku" chez Marie-Alice et Liliane

Photo Eliane
Un amour de chèvre
Yeux doux, barbiche, sabots luisants
Et monsieur Seguin?
Hé, vous, venez voir
on va faire un nouveau jeu:
Partie de saute-chèvre.
SUR LA PIERRE...
A Hubert Haddad, poète, éveilleur de plumes.
Sur la pierre du visage
Coule le sable du temps.
Devant la porte l'herbe pousse.
Les chevaux cabrés du futur
Finiront dans un goût de cendre.
Quand les nuages s'amoncellent,
Grandes préoccupations de toiles qui s'agitent,
Passent les ombres masquées du rêve.
Allonger sa voix sur l'estran
Quand la mer assez basse éloigne l'horizon,
Tant que dure le son vibré du violoncelle,
Egrener l'infini des lettres d'alphabets
Et, par la porte ouverte, viendra d'un trait de plume
Le signe de la mort.
POEME DU JEUDI 13 JUIN
Pour Eglantine-Lilas, qui nous propose:
La campagne, la nature, les arbres, les petits oiseaux etc ...
Quand j'aurai mis la graine en pot,
Quand une tige aura poussé
Je mettrai l'arbre dans la terre.
Lui chanterai, les yeux ferlés,
Quelques berceuses, à demi-mots.
Quand la cime atteindra le ciel
Je suspendrai à son houppier
Un hamac en fils de la vierge.
On verra fleurir des larmiers
Les abeilles en feront leur miel.
COMME UN PAPIER
Comme un papier froissé menu
Que l'on voudrait jeter,
Mais que l'on pose
Sur l'eau d'un bol,
Où il s'épanouit peu à peu,
Papier devenu fleur: la vie.
Il arrive qu'ainsi nos repliures
Nos douleurs
Avec l'âge et le temps
S'ouvrent, ou bien s'effacent,
Frêles bonheurs fleurissant,
Délicates saveurs de printemps.
DEFI 104

Je participe aux défis un peu en pointillé. Pour me rattraper, j'offre à Eglantine-Lilas deux textes.Le premier est un petit conte,en partie véridique,écrit il y a assez longtemps,lorsque j'ai fait refaire le toit.J'ai gardé le nom des artisants...
Puis un poème qui m'est venu hier pendant que je jardinais.
Histoire de la poule de monsieur Seguin
A Meschers il y a un feu. Au rouge, on s’arrête à côté de la caserne des pompiers. Au vert, on passe devant une maison aux volets verts. C’était la maison de monsieur Seguin. Monsieur Seguin était potier, il faisait des pots, des plats, des pichets, des assiettes, émaillés et cuits.
Un jour, monsieur Seguin, levé de bon matin et de bonne humeur, grâce à un coq chanteur du voisinage, eût une idée. Pour remercier ce fidèle réveille-potier, il décida de lui offrir une poule. Oh, pas une vraie, bien sûr, qui aurait mêlé ses cot-cot disgracieux aux flamboyants cocoricos. Non, une poule en terre cuite. Justement, dans un coin un peu sombre de son atelier, et maintenue humide par une serpillière, il lui restait une boule de fine argile gris-bleu, dont il ne savait que faire.
Il prit la boule de ses deux mains et la lança d’un geste vif sur le tour où elle vint se coller juste au milieu. Il s’assit alors devant le tour et frout, frout, frout, lança de ses pieds le mouvement jusqu’à ce qu’il tourne à la bonne vitesse. Bien calé sur son tabouret, il approcha ses deux mains de la boule et la pressa délicatement, en faisant sortir un jus sirupeux, comme d’un fruit.
En même temps, là-haut, chez moi, près du moulin, monsieur Lamoureux finissait de poser des tuiles neuves sur le toit. Il en était aux faîtières, les scellant avec soin car, comme le dit le proverbe : « à bonnes faîtières, bon hiver ».
Pendant que monsieur Seguin tournait, pressait, modelait, monsieur Lamoureux, la truelle en l’air, positionnait délicatement la dernière tuile du pignon, celui qui regarde vers Talmont, quand le « bang » d’un avion à réaction…ou le « pan » d’un chasseur…ou le « couac » d’une grenouille…le fit sursauter. Bref, un pâté de mortier imprévu vint tomber au milieu de la tuile. « Merde ! » dit monsieur Lamoureux.
Juste à ce moment, monsieur Seguin a terminé la poule. Il a passé un fil au ras du tour pour la décoller. Il la prend entre ses mains, la presse un peu trop fort, le jus gluant fait le reste : la poule lui échappe. « Merde ! » dit monsieur Seguin.
La poule file par la porte grande ouverte comme un boulet de canon, file au dessus des champs de tournesol et ploc, se colle sur le pâté de mortier en haut du toit, avant qu’aucun des deux n’ait déjà refermé la bouche.
Depuis lors, une poulette gris-bleu veille sur ma maison, d’un œil guettant la Dame Blanche du marais*, de l’autre cherchant un coq charmant.
* D'une BD de Pierre Dumousseau: "La dame blanche de Talmont".
Petit coq embroché au piquant de l'église
Que ne chantes-tu d'un gai cocorico
La demie de chaque heure?
Petit coq embroché là-haut
Vas-tu par les nuits de croissant de lune
Conter fleurette
A la poulette
Qui t'attend, à l'épi de mon toit?
Petit coq, tristement embroché,
Pour l'éternité?
EDOUARD MANET
Sur cette photo proposée par Miletune:
On partira, dis
Loin d'ici?
On irait voir la Bretagne, et tous ses bateaux,
-Et mon chapeau?
On marcherait dans les Cévennes avec un âne qui trottine,
-Et mes bottines?
On prendrait le train pour Le Mans, pour Lisieux,
-Et les escarbilles dans les yeux!
Allez, dis-moi, on partira?
-Offre-moi à boire. On verra…
LA GRENOUILLE. HAÏKU DE COUCOU
Pour "Le coucou du haïku" chez Marie-Alice et Liliane

Photo Marie-Alice.
Grenouille pétrifiée
essayant d'être un beau bœuf-
ne fera plus couac.
RIMES DE RONSARD...SUITE
Cette fois,une recette, pour "Impromptus littéraires":
Une sauce à tourner
Dedans un bain-marie,
Il faudrait, je vous prie,
Un tour de sel donner.
Pourquoi se démener?
C'est si bon dans la vie
De céder aux envies.
Une sauce à mener
A bien. Deux ou trois choses
A ajouter: propose.
Au chinois la passer
Pour qu'elle soit meilleure.
Il faut surveiller l'heure:
La rater - trépasser!
SEMAINE 23 CHEZ MILETUNE...SUITE
Et pour répondre au commentaire de Lénaïg chez Miletune
Léger, gracieux, voire élégant,
Il rampe délicatement
Sur sa semelle lubrifiée
Par de la bave. Elaborée
A la main - c'est-à-dire au pied,
Elle est naturelle et lui sied
Bien: Glisser sur ces pentes vertes
Vaut skier, pour la bête experte.
De ses cornes elle va à tâtons,
Sa radula sous le menton.
RIMES DE RONSARD
Un sonnet sur des rimes obligées, prises chez Ronsard, pour "Impromptus littéraires":
Je crois que tu vas mal tourner
A force de bramer, Marie.
Faut-il qu'à genoux on te prie
De te taire, de ne plus donner
De la voix? A te démener
Du gosier, où ira ta vie?
Vois que personne ne t'envie!
Tu devrais jardiner, mener
Aussi tes pensées vers des choses
Moins frivoles, et je te propose
De réfléchir. Tu vas passer,
Pour avoir une vie meilleure,
Sans rien dire, sans chanter, une heure.
Tu ne vas pas en trépasser!