PHILIPPE JACCOTTET
La météo n'ayant pas répondu au désir d'orage de Annette, j'ai du chercher ailleurs, et j'ai trouvé ceci:
De Philippe Jaccottet, extrait de « fragments soulevés par le vent » dans Cahier de verdure. Gallimard.
A force de tonnerre,
Le firmament se craquelle aujourd’hui.
Dans l’ancien monde,
A presque chaque orage
Répondaient une nymphe dévêtue
Et un berger tranquille.
Elle disait,
Entre deux cris,
Entre deux crises de larmes :
« J’ai trouvé un abri de feuilles
Et un compagnon endormi. »
Et lui :
« Bonne nouvelle avant la fin du monde :
C’est encore le lait des astres
Qui gonfle votre sein. »
S'ENFUIR...
Sur la proposition de Suzâme: S'enfuir, s'enfuir c'est...
S’enfuir
Comme les nuages ;
On ne sait où ils vont.
Fuir en restant caché en soi-même ;
On ne sait qui on est.
JUIN 2012 3
Au détour du chemin
incendie vaporeux de coquelicots.
Presque une illusion.
JUIN 2012 2
Non.
Je ne dirai pas ces chemins de marais.
Je ne dirai pas échasses et avocettes,
Le couple de tadornes, les cygnes et leurs petits.
Le busard Saint-Martin, le lapin étonné,
Les chevaliers colère protégeant leur nichée.
Je ne les dirai pas, car il faut être seul.
Discret, attentif, respectueux, modeste.
A deux, c’est déjà trop. On oublie, on bavarde,
On rompt le sortilège qui un instant
Nous a rendu l’égal de ces bêtes vibrantes.
Non.
Je ne vous ai rien dit des chemins de marais.
"L'EMPREINTE A CRUSOE" de PATRICK CHAMOISEAU
Je viens de refermer « L’empreinte à Crusoé » de Patrick Chamoiseau, éblouie par ce long poème flamboyant qui parle de l’homme. Qui se construit, se détruit, s’éveille à lui-même en cherchant l’Autre. La poésie est partout, et la réflexion philosophique éveillée et nourrie de multiples façons. Magnifique.
JUIN 2012 1
Chemin bordé de graminées.
Certaines s’élèvent comme des palmes,
Des parasols votifs ;
D’autres s’inclinent
Et me font telle révérence
Que je deviens Sultane
De l’Archipel.